Une agression sexuelle ou un viol entraînent un parcours juridique long, où chaque étape engage les droits de la victime sur le pénal et sur l'indemnisation. Plainte, expertise, partie civile, saisine de la CIVI, intervention du FGTI : ces démarches obéissent à des règles précises, désormais rénovées par la loi du 3 août 2018. Ce guide en présente le cadre actuel, les délais à connaître et les recours mobilisables.
Définition juridique : viol et agressions sexuelles
Le Code pénal distingue trois catégories d'infractions sexuelles, selon la nature de l'atteinte et son degré de gravité. Les définitions figurent aux articles 222-22 et suivants du Code pénal et constituent le socle de toute qualification pénale.
- L'agression sexuelle est définie à l'article 222-22 comme toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Elle recouvre les attouchements imposés sans pénétration.
- Le viol, défini à l'article 222-23, est tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, ou tout acte bucco-génital, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur, par violence, contrainte, menace ou surprise. Le viol est un crime.
- Les autres atteintes sexuelles sans violence visent les actes commis sur mineur, prévus aux articles 227-25 et suivants, et obéissent à un régime distinct lié à l'âge de la victime.
La distinction entre viol et agression sexuelle conditionne la juridiction compétente. Le viol relève de la cour d'assises ou de la cour criminelle départementale compétente pour les crimes punis de 15 à 20 ans de réclusion. L'agression sexuelle relève du tribunal correctionnel. Ce choix de juridiction emporte des conséquences sur la durée de la procédure, la composition du jury et les voies de recours possibles après jugement.
Le cadre pénal et les peines encourues
Les peines varient selon la nature de l'infraction et la présence de circonstances aggravantes. Le Code pénal sanctionne plus lourdement les faits commis par un conjoint, un ascendant, une personne ayant autorité, ou sur une personne particulièrement vulnérable. Le tableau ci-dessous présente la grille principale.
Infractions sexuelles et peines encourues
| Infraction | Peine principale | Juridiction |
|---|---|---|
| Viol (art. 222-23) | 15 ans de réclusion criminelle | Cour d'assises ou cour criminelle |
| Viol aggravé (art. 222-24) | 20 ans de réclusion | Cour d'assises |
| Viol sur mineur de 15 ans (art. 222-23-1) | 20 ans de réclusion | Cour d'assises |
| Agression sexuelle (art. 222-27) | 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende | Tribunal correctionnel |
| Agression sexuelle aggravée (art. 222-28) | 7 ans et 100 000 € d'amende | Tribunal correctionnel |
| Atteinte sexuelle sur mineur de 15 ans (art. 227-25) | 7 ans et 100 000 € d'amende | Tribunal correctionnel |
Source : Code pénal, articles 222-22 à 222-31 et 227-25 à 227-27, version en vigueur au 1er janvier 2026.
Les circonstances aggravantes les plus fréquentes sont l'usage d'une arme, la commission par plusieurs auteurs, l'abus d'autorité (employeur, enseignant, personnel soignant), le lien familial avec la victime, la vulnérabilité physique ou psychique connue de l'auteur, et l'usage d'une substance pour altérer le discernement. Chacune de ces circonstances peut, à elle seule, faire passer la peine de 15 à 20 ans, voire la transformer en réclusion criminelle à perpétuité dans les cas les plus graves prévus à l'article 222-26.
Les chiffres officiels en France
Les violences sexuelles enregistrées par les services de police et de gendarmerie ont fortement augmenté ces dernières années, sous l'effet conjugué d'une libération accrue de la parole depuis le mouvement #MeToo et d'une amélioration du recueil statistique. Les données publiées par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) en témoignent.
Les violences sexuelles enregistrées en France
Ces chiffres ne reflètent qu'une fraction de la réalité. Les enquêtes de victimation conduites par l'INSEE estiment qu'environ 90 % des viols et agressions sexuelles ne donnent pas lieu à une plainte. Quand la plainte est déposée, la procédure peut durer plusieurs années avant d'aboutir à un jugement, ce qui justifie l'accompagnement précoce d'un avocat pour préserver les preuves et orienter les auditions dès les premières semaines.
La plainte et la procédure pénale
Le dépôt de plainte peut intervenir auprès de tout commissariat ou brigade de gendarmerie, en France entière, sans considération du lieu de l'agression. La victime peut également écrire directement au procureur de la République du tribunal judiciaire territorialement compétent. Pour les faits les plus récents, l'examen médico-judiciaire à l'unité médico-judiciaire (UMJ) permet de conserver des prélèvements et des constats utiles à l'enquête.
Une fois la plainte enregistrée, le procureur dispose de trois options : ouvrir une enquête préliminaire confiée à la police judiciaire, requérir l'ouverture d'une information judiciaire confiée à un juge d'instruction, ou classer sans suite. Pour les faits criminels comme le viol, l'ouverture d'une instruction est la règle, car elle seule permet la mise en accusation devant la cour d'assises. La victime peut se constituer partie civile dès la phase d'instruction, ce qui lui ouvre l'accès au dossier, le droit de demander des actes d'enquête et la possibilité d'être assistée par son avocat à toutes les auditions sensibles.
En cas de classement sans suite ou de difficulté à faire avancer l'enquête, la victime dispose de deux leviers : la plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d'instruction, qui contraint l'ouverture d'une instruction sous condition de consignation, et la citation directe devant le tribunal correctionnel pour les délits, qui permet de saisir directement le juge.
L'indemnisation devant la CIVI et le FGTI
Quel que soit l'état de la procédure pénale, la victime peut saisir la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) pour obtenir une réparation intégrale de ses préjudices. La CIVI est une juridiction civile autonome, instituée près chaque tribunal judiciaire, qui statue selon les règles fixées aux articles 706-3 et suivants du Code de procédure pénale.
La saisine de la CIVI est indépendante du procès pénal. Une victime n'a pas besoin d'attendre le jugement de l'auteur pour être indemnisée, ni même qu'un auteur soit identifié. Les fonds sont avancés par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), qui se subroge ensuite contre l'auteur condamné. Pour les viols et agressions sexuelles, l'indemnisation est intégrale et couvre les postes de préjudice de la nomenclature Dintilhac : déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice psychologique, perte de chance professionnelle, pertes de gains.
Délais et prescription
Pour les majeurs, la prescription de l'action publique est de 20 ans à compter des faits en matière de viol et d'agression sexuelle aggravée, depuis la loi n° 2018-703 du 3 août 2018. Pour les mineurs victimes, la prescription est de 30 ans à compter de la majorité, soit jusqu'aux 48 ans de la victime pour le viol. La saisine de la CIVI obéit à un délai distinct : 3 ans à compter de l'infraction, ou un an à compter de la décision pénale définitive si elle est plus tardive (article 706-5 du Code de procédure pénale).
La loi du 3 août 2018 a marqué un tournant. Avant cette réforme, la prescription des viols sur mineurs était de 20 ans à compter de la majorité. Le législateur a allongé ce délai à 30 ans pour tenir compte du temps long du dévoilement, particulièrement pour les violences subies dans l'enfance. La loi du 21 avril 2021 dite « loi sur les crimes sexuels sur mineurs » a en outre instauré un seuil d'âge de non-consentement à 15 ans, en dessous duquel toute relation avec un adulte est qualifiée de viol ou d'agression sexuelle, sans qu'il soit nécessaire de prouver la contrainte ou la surprise.
Pour les majeurs, la durée de prescription de 20 ans permet souvent d'engager des poursuites longtemps après les faits, dès lors que des éléments de preuve nouveaux émergent. La jurisprudence de la Cour de cassation admet par ailleurs des cas de suspension de la prescription en cas d'obstacle insurmontable au dépôt de plainte, par exemple en cas d'emprise caractérisée.
Le rôle de l'avocat auprès de la victime
L'avocat de la victime intervient à trois niveaux. Sur le pénal, il prépare et accompagne les auditions, demande les actes d'enquête utiles, plaide l'aggravation des qualifications retenues et requiert la condamnation à l'audience. Sur le civil, il chiffre les préjudices poste par poste, saisit la CIVI dans le délai de trois ans et négocie l'indemnisation avec le FGTI. Sur le plan humain, il fait le lien avec les associations spécialisées, oriente vers une expertise psychotraumatique et coordonne le dossier médical avec les certificats du psychiatre, du psychologue et du médecin traitant.
Dans ces dossiers, le travail de l'avocat commence souvent avant la plainte. Préparer l'audition, sécuriser les preuves médicales, fixer le récit dans des termes juridiques. C'est ce travail préparatoire qui détermine la solidité de tout ce qui suivra, en pénal comme à la CIVI.
Maître Saïma Rasool , avocate au Barreau de Seine-Saint-Denis, méthode du Cabinet, entretien interne, mai 2026.
L'aide juridictionnelle est accordée de plein droit aux victimes de viol et d'agression sexuelle aggravée, sans condition de ressources, conformément à l'article 9-2 de la loi du 10 juillet 1991. Cette aide couvre tous les frais d'avocat sur la procédure pénale et sur la saisine de la CIVI, ce qui permet à toute victime, quels que soient ses revenus, d'être défendue dans les mêmes conditions.
Notre pratique au cabinet Saïma Rasool
Inscrite au Barreau de Seine-Saint-Denis depuis 2001 et titulaire du Diplôme universitaire de Réparation Juridique du Dommage Corporel délivré par Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Maître Saïma Rasool accompagne les victimes de violences sexuelles à Montreuil, Paris et dans toute l'Île-de-France. Le Cabinet intervient dès le dépôt de plainte, assiste lors des auditions UMJ et confrontations, suit l'instruction jusqu'à l'audience d'assises, puis prend en charge la saisine de la CIVI et la négociation avec le FGTI.
Si vous avez subi une agression sexuelle ou un viol, récents ou anciens, un premier rendez-vous au Cabinet permet d'examiner votre situation, de poser le calendrier procédural et d'identifier les démarches prioritaires. Découvrez aussi notre expertise en droit des victimes et de la réparation du dommage corporel et nos articles connexes sur le cadre juridique du féminicide et l'accident de la voie publique.
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